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Sur la piste de l’origine des migrants teutons de Vallorcine

Participez à une nouvelle expérience !

Découvrez les profondeurs historiques de la communauté de Vallorcine

Les Archives !

Les archives médiévales départementales françaises et celles du monastère de Saint-Maurice d’Agaune en Valais laissent découvrir, dès la fin du XIIIe siècle, l’existence de familles de Vallorcine encore bien présentes aujourd’hui. Attester un lignage d’une durée de 750 ans : un exercice rarement possible dans les Alpes européennes.

La documentation à disposition a permis à divers historiens de constater l’arrivée à Vallorcine peu avant 1264 de quelques familles appelées Theutonici. Ces chercheurs ont tenté de découvrir l’origine de ces Allamans.

Un élément de réflexion s’imposait d’emblée : le prieur de Chamonix avait probablement acquis ces colons d’un de ses confrères ou seigneurs d’une région germanique du Valais, de Berne ou de la Suisse Centrale. Les migrations Walser étant attestées pour des déplacements parfois lointains, divers éléments de leur culture se retrouvant plusieurs siècles après à Vallorcine, c’est tout naturellement que les Vallorcins ont eu depuis toujours le sentiment d’appartenir à la race de ces peuples de défricheurs rompus aux rigueurs d’un climat et d’une nature difficiles.

A Vallorcine, une famille émerge peu après 1264 de la documentation. En 1320, apparaît un petit-fils de Jean Barberin, Vuillelme de la Barbarina (Guillaume), un personnage habitant désormais à Giétroz sur le territoire de l’abbé de Saint-Maurice. Dans le cadre du règlement d’une affaire de meurtre, l’abbé offre son serf Guillaume au prieur de Chamonix qui le lui retourne contre paiement. Guillaume a un fils, Michaud, nommé Vullodi en 1358, selon l’une des nombreuses variantes du prénom de son père. Michaud donnera naissance aux Vulliod, Vullioz … soit Vouilloz de la vallée du Trient, et probablement aux Vouilloz de Vallorcine.

Une question se pose naturellement : d’où pouvait venir l’ancêtre de Jean Barberin, arrivé à Vallorcine en provenance d’une région germanique peu avant 1264 ?

La génomique par l’analyse ADN-DNA

Une nouvelle technique, la génomique par l’analyse ADN-DNA du chromosome Y transmis de père en fils (les ruptures biologique des lignées documentaires existent mais sont rares), permet aujourd’hui de rejoindre l’histoire démographique et anthropologique de nos ancêtres. Le génome est un livre d'histoire qu'il suffit de consulter pour découvrir jusqu'à la préhistoire de chaque famille dans les grandes migrations qui ont fait l'Europe et dans les restes humains retrouvés.

Ainsi, en compagnie d’amis valaisans, des passionnés du patrimoine et de l’histoire de Vallorcine ont commencé une expérience captivante avec plus d’une trentaine de descendants de vieilles familles de ce lieu. Séparées d’au moins 220 ans, des branches de ces familles ont été testées en Valais où se retrouvent la plupart d’entre elles, leurs ancêtres ayant quitté Vallorcine au cours des siècles pour défricher et exploiter les terres de la communauté de Salvan, de celles de Trient et du haut de la Combe de Martigny.

Les services du premier (2000) et plus grand laboratoire privé au monde de génétique généalogique patrilinéaire, FamilyTreeDNA, Houston, USA, ont été utilisés, une plateforme qui publie aujourd’hui environ 1.300.000 tests, dont ceux d’une dizaine de milliers de personnes originaires de Suisse, parmi lesquels de nombreux descendants d’émigrés. Les résultats des Vallorcins sont parfois très proches de ceux de certains Suisses d’origine germanique qui ont effectué ce test antérieurement et qui figurent déjà sur la plateforme américaine.

Les caractéristiques chromosomiques des Vallorcins sont rassemblés sur une sous-plateforme de la base américaine nommée ValaisADN-WallisDNA qui, alimentée par ces amis valaisans, regroupe à ce jour près de 300 testés, principalement du val d’Hérens, de la vallée du Trient, de Vallorcine, de personnages du Haut-Valais, voire même de descendants Walser de localités alpines italiennes. Sur cette sous-plateforme, les individus testés apparaissent de manière anonymisée.

Des macro familles !

Les analyses actuelles sont des Y-37 (soit des tests ADN-Y de base à 37 marqueurs). Elles doivent être complétées par des analyses plus poussées, dénommées BigY (balayage du chromosome Y : mesure de 700 marqueurs STR et trajectoire phylogénétique des marqueurs SNP) . Les quelques BigY déjà déterminés amènent des pistes surprenantes.

Parmi les familles anciennes testées – les scientifiques impliqués dans ces analyses parlent de famille car ils s’intéressent à la signature chromosomique de la famille et non pas à celle d’un individu –, il a tout d’abord été constaté qu’elles descendent d’ancêtres qui, précédemment à leur arrivée en ce lieu peu avant 1264, ont eu des parcours migratoires différents à travers le monde européen ou indo-européen au cours des âges. A ce stade, trois haplogroupes distincts ont été décelés, le E-M35, le I-M223, et principalement le R-M269.

L’exemple de deux familles de Vallorcine, Claret et Pache est parlant. La documentation en archives laisse apparaître durant le XIVe siècle des personnages portant ces sobriquets, mais elle n’apporte aucune indication sur le degré de parenté qui les unis. L’analyse ADN-Y indique que ces deux familles portent l’haplogroupe I-M223, une très vieille lignée qui prend forme aux environs de 16000 av. J.-C., et qu’elles possèdent des caractéristiques chromosomiques identiques nombreuses, avec un ancêtre commun né vers 1300 de notre ère ou peu avant. (Sous toutes réserves, l’analyse n’est pas terminée).

La génomique apporte une information que la documentation, inexistante, n’a pu fournir.

Pour les Pache qui ont un test BigY, un personnage de nationalité américaine, un Seidler (Sidler), dont les ancêtres ont quitté Küssnacht am Rigi (Einsielden) à l’époque de la ruée vers l’or américaine, est retrouvé sur la plateforme ADN-Y américaine avec les mêmes caractéristiques chromosomiques. Ces personnages ont un ancêtre commun vers 1100. Là aussi, l’analyse n’est pas terminée et il est prématuré de conclure que les Pache et les Claret sont originaires de la région d’Einsielden, mais c’est une piste ! Pour la petite histoire, prouvée par divers écrits, les Vallorcins ont régulièrement effectué au cours des siècles leur pèlerinage vers Einsielden.

A ce stade des recherches, en Valais, les porteurs de ce groupe sont rares. Les Derivaz de Salvan en font partie.

Le parcours de ces peuplades qui, suite à leur migration africaine les ont amenés en Europe centrale se présente comme suit :

Carte des migration de l'haplogroupe I-M223
Les petites pelles noires sont des DNA I-M223 prélevés sur des ossements antiques dont la période est définie.

L’exemple des Vouilloz dont il a été question précédemment est tout aussi spectaculaire ! Comme déjà précisé, seuls sont testés des personnages porteurs d’un même patronyme qui, arbre généalogique à l’appui, sont séparés les uns des autres d’au moins 220 ans. L’analyse préliminaire a déterminé que certaines familles testées originaires de Vallorcine, 3 Ancey-Ançay dont un Suisse repéré sur la plateforme américaine, 2 Berguerand dont un Américain d’origine suisse repéré sur la plateforme américaine, 2 Burnet, 3 Cretton dont un Américain d’origine suisse repéré sur la plateforme américaine, 2 Mermoud dont un Français repéré sur la plateforme américaine, 3 Vouilloz, ont de nombreuses caractéristiques chromosomiques identiques !

La documentation en archives offre la possibilité de voir apparaître au cours des siècles ces différentes familles dotées de nouveaux sobriquets. Ainsi, les Allamans des Jeurs de Trient, en provenance de Vallorcine, habiteront au Cretton, une petite crête rocheuse dont le nom du toponyme leur sera attribué, remplaçant celui d’Allaman. Mais la documentation relevée ne permet pas de connaître le degré de parenté des six familles énumérées. L’analyse ADN-Y délivre ces informations inédites : elle indique qu’elles portent toutes l’haplogroupe R1b, R-M269, plus précisément le R-U152, Z49, et qu’elles possèdent un ancêtre commun né aux environs de 1300 pour certaines familles, 1400 pour d’autres. Une grande macro famille ! (Sous toutes réserves, l’analyse n’est pas terminée).

Carte des migration de l'haplogroupe I-M223
Arbre phylogénétique R1b.

Ces porteurs de l’haplogroupe R-U152 ont un ancêtre commun vers 2500 avant J.-C. avec plusieurs lignées valaisannes, telle une famille Lathion, une famille Gilloz, ou par exemple, les Andereggen de Goms.

Le parcours de ces peuplades qui, suite à leur migration africaine les ont amenés en Europe centrale, se présente comme suit :

Carte des migration de l'haplogroupe I-M223
Les petites pelles noires sont des DNA R-U152 prélevés sur des ossements antiques dont la période est définie.

Conclusion

Pour Vallorcine, mais sans doute aussi pour le Valais, la génomique apportera des informations que la documentation archivistique, inexistante avant le XIIIe siècle, souvent incomplète au cours des siècles suivants, n’a pu fournir.

Comme déjà suggéré, une signature chromosomique isolée n’a aucun sens. C’est la raison pour laquelle ce groupe de passionnés d’histoire et de généalogie ancienne a mis en place la plateforme ValaisADN-WallisDNA qui a accueilli tout ce petit monde d’origine vallorcinne, des familles si présentes en Valais.

Sur la base de règles bien précises, cette plateforme admet tous ceux qui désirent participer à sa mission : Réécrire l’histoire des migrations dans nos régions alpines, plus précisément, découvrir l’origine exacte des colons germaniques qui ont défriché et exploité Vallorcine dès les années 1264, plus précisément, réécrire l’histoire des migrations qui ont peuplé toutes les régions du canton du Valais et notamment, l’histoire du monde Walser dans son ensemble.

Dès lors, muni des résultats de son test ADN Y-37, ou mieux encore de son test BigY, chacun peut participer à cette fantastique expérience, et contribuer efficacement à la mission décrite ci-avant.

Bienvenue – Willkommen sur la plateforme ValaisADN-WallisDNA de FamilyTreeDNA !

Juin 2023.
Raymond Lonfat

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